Réunis au moment et au lieu de la performance dans une alcôve finale des jardins de l’hôtel Ritz, nous attendions. Le titre était sans doute oublié de la plupart depuis longtemps. Chacun vaquait à ses devoirs mondains, ou restait là, désœuvré. Dans ce moment, rien d’éruptif, mais des signes se détachaient cependant : un regard qui se serait voulu complice vers une connaissance, mais ne la rencontrait pas, ou bien au bout d’un temps le sentiment de l’affluence délibérément laissée se grossir. Nous emplissions à peu près entièrement l’espace quand Gildas passa finalement, en costume, souriant, et donna à chacun une carte de visite, mentionnant le titre de la pièce accompagné de l’URL d’un site Myspace. Sur ce site un court texte révélait les événements qui avaient été préparés et performés en discrétion.
Et sur la scène du théâtre désert, l’aube… (Thèbes)
Dimanche 8 juin, 8h30 – Arènes de Lutèce – Paris 5e
Recevoir une première fois les coordonnées du rendez-vous par les organisateurs du festival Il faut brûler pour briller, puis deux jours plus tard (l’avant-veille du jour J) par Gildas lui-même, et penser : en proposant sa prochaine performance à 8h30 du matin, c’est comme s’il souhaitait qu’il n’y ait personne. Que cela soit su, et non pas vu. Sur le plan du travail à la limite du visuel, Gildas passe de la qualité, l’infime, à la quantité, le nombre de spectateurs. Il semble décliner les formes des conditions minima de la possibilité d’être perçu. Thèbes n’aura pas à travailler au même endroit qu’A l’insu, car sa discrétion est assurée par avance. Ce paramètre étant résolu par Gildas, que lui reste-t-il à faire? Le titre de la pièce fonctionne ici comme un indic. Associé au lieu, les Arènes, il suscite l’esquisse mentale d’une action possible. La dévolution à n’être pas vu maximalise le sens de cet aperçu. Gildas dispose assez d’éléments contextuels pour que soit visualisée une forme, et qu’à celle-ci il soit consenti, en-dehors de toute réalisation effective. En cela il est un artiste visuel.
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