MILK COFFEE & SUGAR Ou la contestation existentielle

Paroles :

« Parce qu’ils veulent faire de moi un soldat au compte-chèque solvable
Je vous le dis, je suis condamné à l’échec
Parce que le monde qu’ils nous proposent m’indispose
Je le répète, je suis condamné à l’échec
Parce que les études de lettres et philo, ça paye pas
Ils mont dit : « Petit mec, t’es condamné à l’Essec ! »
Condamné ! Faut accepter les « lois du marché »
« Marche ou crève » et les diplômes deviennent les flèches de l’archet
Si réussir c’est un salaire, un pavillon sous hypothèque
Permettez-moi d’être condamné à l’échec
Ils disent que les jeunes du ghetto veulent leur part du gâteau
Incitent à se lever tôt, c’est quoi ce veto ? »

+ paroles

Le problème : ne pas aborder la question sociale à sa racine : au niveau du rapport de production.

Ici, la contestation, verbale, est médiatisée par le rapport social dont, précisément, elle conteste des effets (devenir un soldat au compte-chèque solvable).

Autrement dit : la contestation verbale qu’exprime Milk Coffee and Sugar me parvient via les techniques actuelles de d’enregistrement et de diffusion de la musique, c’est-à-dire via un système de production, qui est à la fois technique et commercial. Ce système de production, c’est, directement, l’industrie musicale, et indirectement l’industrie en générale, celle-ci conditionnant la possibilité d’existence de celle-là, c’est-à-dire la possibilité de produire et diffuser de la musique avec le matériel que le groupe utilise. Tout au long de ce système de production, la forme sociale récurrente, c’est le salariat : une minorité commande une majorité tout en extorquant à cette minorité la valeur qu’elle produit en plus de ce qui lui est reversée à titre de salaire.

Toutes les images et situations évoquées dans le clip réfèrent à des effets de ce rapport social, le rapport salarial. La contestation est un produit dérivé de ce rapport social.

La contestation est déclamatoire, existentielle, mais ne met pas en question les conditions d’être de ce qu’elle dénonce : la contestation refuse, évite cette mise en question, sinon par des mots. La contestation reconduit ce même rapport, en ce qu’elle est techniquement médiatisée lui : par la dynamique productive de ce rapport, dynamique qui lui fournit à la contestation sa base matérielle, après lui avoir donné ses raisons spirituelles. C’est « la (pseudo) politique du rebelle », par opposition à celle du révolutionnaire.

Tant que la contestation ne s’est pas affronté directement à ce rapport comme dynamique productive, elle ne fait que le reconduire, en  instrumentalisant ses effets derniers.

La contestation verbale devient une marchandise : elle s’intègre dans le système des objets, en tant qu’énoncé réifié.

La dynamique est pérenne, tout en récupérant sa pseudo-négation. Pseudo-négation en ceci qu’une négation réelle, et autrement productive, viserait le processus de production de ce qui est contesté, non ses effets.

Bien sûr, les occurrences de cette « rébellion » sont innombrables. [1].

Toucher au nerf de la question, le rapport social de production, c’est en reconfigurer la structure. C’est révolutionnaire. Et par conséquent, ne sera pas médiatisé par l’industrie du profit, sinon à sa marge, à titre de caution, d’exemple, de tolérance.

Cependant, en s’engageant dans la voie de la reconstitution de rapports de productions désaliénés (rappelons que la chanson qui sert de prétexte au présent texte s’intitule « Alien »), ce que le révolutionnaire perd alors d’une main (en capital symbolique ou financier) il le récupère dans l’autre main. Je montrerai comment sous peu.

Mais il ne passera plus à la télé. En guise d’avertissement : Revolution will not be televised.

[1] Des Beatles jusqu’à l’impasse d’un radical comme Guy Debord par exemple. Et l’inénarrable Killing in the name of, dont au final, MC&S est simplement une version light.

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