Cube blanc et boîte noire

Hyperceptions, une exposition de Sylester Engbrox

Claudia waiting 2008 140 x 180 cm Sylester Engbrox

Un homme cheveux courts blonds et gris en touffes mêlées lunettes fines bras plié tenant une pochette regarde une affichette de magazine au pied de l’ailette d’une librairie. Cette affichette indique en gros titre que Zac Efron (? http://video.google.com/videosearch…) se pose des questions de carrière. A la mine attentive du monsieur, le lettré peut se demander si Roland Barthes est encore enseigné à l’université, auquel cas il y a retard, là, avec cet enseignement, le fait étant que l’étrangeté de la presse peoplo-mainstream à la longue des années, paraisse, comme ici, spontanément susciter l’analyse sémiotique du chaland.

La dame qui s’occupe de la galerie est assise sous une fenêtre derrière un bureau doté d’un ordinateur à écran large, au fond, la galerie peu longue mais profonde, d’une pénombre et d’une fraicheur qui contrastent fortement avec la lumière et la température extérieures.

Les toiles sont des rectangles de 150 x 170cm ou 150 x 200cm à peu près, de larges rectangles, sur lesquels figure chaque fois une femme, sauf sur celle accrochée au mur du fond, derrière la dame, où c’est un jeune homme de face torse nu coupé à mi-corps qui est peint. De sorte que je n’ai pas l’impression que cette dernière appartienne à la série de sept ou huit autres toiles diposées en vis-à-vis sur les murs entre lesquels je me trouve.

Une femme peinte de face, plus grand que nature, cheveux bruns longs lachés de peau blanche les bras détendus en robe rouge cadrée à l’américaine dans un intérieur rouge. Ses yeux ont l’air fermés sous du maquillage, et sous les yeux un rectangle inscrit dans la peinture par contour et changement de ton. Ses seins sont dessinés comme nus et présents à même la robe. Derrière elle, dans le reflet d’un grand miroir, ses cheveux sont attachés, sa nuque est dégagée, un homme entre.

Un autre homme est présent sur la toile suivante, derrière une vitre, le regard dirigé vers une très jeune femme, cheveux longs bruns visage vers moi mine froissée comme par un soleil fort, débardeur et short gris hyper court, longues jambes en large v dans la marche et portant des tongs. C’est peut-être en Israël, dans un mall. Chacun de ses yeux est marqué d’un trait horizontal épais de couleur vive. En fait, ses yeux sont invisibles.

Une femme marchant de dos supposément très jeune au vu de sa tenue, carré blond platine (comme Jodie Foster dans Taxi Driver) épaules nues, tenant par la main droite un large sac en plastique, debardeur et mini jupe marquée de contours de carreaux qui répètent ceux figurant dans les murs vert et turquoise alentours, et collants sombres.

Il y a encore une toile sur le même mur, puis la série continue sur le mur d’en face avec une toile titrée Lorelei walking. Cette toile-ci est orientée dans le sens de la longueur. Une jeune femme, dans la partie haute droite du tableau, est peinte dans un rectangle dégagé à même le fond. Elle est représentée en plongée, entrant sur un sol orange opaque, dans lequel sont aussi peintes transversalement deux grandes traces sombres (la première, passant par l’angle en bas à gauche, peut faire penser à l’ombre de quelqu’un, l’autre, plus régulière, à celle d’un pilier). Derrière ses pas, un fond bleu nuit. Alentour des bulles grosses. Elle est en tons blancs, et en deux parties : pour la partie supérieure du corps, une coupe au carré blanc (presque un casque) et un habit en courbe ; pour la partie inférieure, à partir du ventre, je vois ses jambes peintes de manière plus bouffie et cracheuse.

Une femme nue debout. De la couleur dégagée de sa peau ou appliquée sur elle forme comme des jeux ponctuels, qui rappellent, en miniatures localisées, le mouvement global de chacune des toiles célèbres de Francis Bacon. Le pubis est peint en creux. Cheveux longs bruns lachés peau blanche corps de mannequin, elle ressemble à la plupart des autres femmes d’Engbrox. En fait on dirait toujours la même (si ce n’est pas ce modèle-ci, c’est celui qui est la réplique de Jodie Foster.) Derrière elle, un gros avion de ligne, allongé dans un marécage de tons clairs, bleus, verts. La toile est titrée Air crash 4.

Avec la toile suivante, retour à l’inclinaison en longueur. Une femme, modèle 1, mais blonde cette fois, en bikini, entre dans la mer, dans un décor balnéaire, un hôtel sous un ciel clair occupant le fond du tableau dans toute sa largeur. Elle est peinte en plongée légère, bouche ouverte mine froissée, comme agacée. A son côté, de la peinture est rassemblée comme un bâton ou une bande large bigarrée verticale, autonome.

L’exposition s’intitule Hyperceptions

4 mars-30 mai 2009, galerie VivoEquidem, 113 rue du Cherche Midi 75006 Paris.

Elle est organisée par l’association VivoEquidem.

Cet accrochage est le deuxième volet d’une exposition en trois temps.

Indiquer une référence picturale, outre Bacon et la publicité pour yaourt bio, c’est par exemple le David Lynch de Lost Highway.

Plus loin dans le quartier (vers le métro Sèvres-Babylone) à l’entrée d’une librairie, sur la chaussée, un tourniquet à cartes postales sur lequel sont présentées des images tirées de l’œuvre de Robert Doisneau,  des portraits de Sartre et Camus et Prévert aussi, et en plein milieu, en nuaunces de gris aussi bien, un nounours accroché par l’oreille à une corde à linge, vers lequel, sans le début d’une hésitation, se dirige la main d’une femme qui saisit la carte puis entre dans la librairie.

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