Textes

Pays

Carré dru laissant passer glotte, t-shirt, sac à dos, étoile brune sur l’intérieur du mollet droit et copine au côté. Il touriste. Large rabat de cheveux brun, t-shirt blanc montrant, poché, un visage qui ressemble à celui porteur, et sous lequel il est écrit Cocaïne Brooklyn, des posters « Scarface » vendus dans un corridor du métro par un paki ne parlant pas la langue indigène. Pour qui la coke! Derrière la baie vitrée du centre donnant sur l’expo de l’Europe de l’Est, on voit sözialismuch, poché en rouge sur un poster, tiré à quatre épingles, blafardement gris, sur un mur lointain, de grandes plages laissées vacantes. « Je longe la gare de l’Est en pleins travaux. Le parvis de la gare a été éventré et, près d’une porte, j’aperçois un tas de pavés » [1], j’ai aussi vu ce genre de chose. Richard Ashcroft propose une « union des nations du son », sur une affiche pochée en noir dense, où l’on se demande si c’est la silhouette de l’aile d’une colombe ou d’une bombe qui revient de part et d’autre du titre. « Jamais il n’y a eu autant de personnes écoutant du classique dans le monde » dit Dominique Pagani, « contrairement à ce qu’il semble » notamment dans une capitale vide, dans le même temps que la nouveauté est que « pour la première fois dans l’histoire, on écoute la même musique à la même heure dans une boîte à Bangkok, Sao Paulo, Los Angeles ou Grenoble tandis que la musique des peuples devient world music! »

A Kyril Charbonnel

[1] Jean-Michel Bertrand, « La question du jugement de goût, en art, est-elle contemporaine? » dans Collectif, Goûts à vendre, Essais sur la captation esthétique, Paris, Regard, 2007, p. 291.

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