Archives

 

 

 

Autour du concept d’art

 

 

 

 

© Samuel Zarka

Chaque article est le fruit d'un long travail de recherche. Il est disponible gratuitement sur ce site, mais protégé par le Code de la Propriété Intellectuelle, notamment l'article L122-5 : Droit de citation partielle, sous réserve d'indication de la source et du nom de l'auteur. Pas d'utilisation commerciale.

Si vous souhaitez reproduire un article dans sa totalité, envoyez-moi une demande par mail, j'y répondrai avec plaisir !

 

 

Esthétique de l'Art

Lucian Freud au Musée Georges Pompidou, un réalisme rétréci

Bien sûr, à l’époque de l’hypertrophie idéologique dans les espaces balisés « art », il est peut être supposé qu’une expo réaliste, comme celle de toiles de Lucian Freud, est intempestive, et de ce seul fait déjà plaisante.

Cela dit, il faut reconnaître que le nombrilisme de l’expo laisse sec et pantois. En gros, un mec peint des nus chez lui à répétition. Il les peint bellement, la texture des chairs et des muscles, le corps chaque fois en une trempe, tout cela est très bon. L’ambiance alentours des corps, le délabrement d’un appartement non entretenu ou à peine, les murs couverts de points de peinture à l’huile, un chien pissant dans sur plante d’intérieur. On suffoque là-dedans. On suffoque dans l’espace atrophié de ces gravas physiques et mobiliers.

Exact envers de l’enflure des signes et fragments dans l’art courant de Joris Lacoste à Boris Achour, Lucian Freud est artiste en face de la peinture indéfinie de son auto-portrait lorsqu’elle ne s’ouvre plus à la reprise du nu académique. Mais l’un comme l’autre ne sont plus qu’expression complémentaire du devenir iconographique de l’ « histoire de l’art », cette sorte de récit entamé au XVIIIème siècle par Winckelmann. « Histoire de l’art », discipline à ses frontières écrivait il y a quelques années Eric Michaud en intitulé d’un de ses livres. En pour cause, le mot « art », qui sert à indexer rétrospectivement toutes les productions symboliques des âges et civilisations sur la valeur auratique et marchande dont le capitalisme l’a doté, s’émiette alors. A la place, ce sont bien les mots de « pratique » et de « représentation » qui font (ou devraient faire) surface, dans le jargon du milieu, ou mieux, dans la théorie de la praxis, en général, et non indexée au renflouement de l’institution de marché. Faire surface pour parler de modes de la pratique, spécifiques, et non pas propres seulement à des mecs ou nanas dits « artistes », seulement mode de tout à chacun possiblement assumé dans des circonstances données, quand celles-ci s’y prêtent, et avec plus ou moins de bonheur, car bien sûr, tout ne se vaut pas, il y a de meilleurs que d’autres en toutes choses.

Mode de la pratique, dont la représentation, picturale par exemple, est une possibilité. Comme celle qu’assume Lucian Freud, non sans être entouré de tout un barda sanctificateur inutile (est-ce qu’il l’a demandé?) : un film, la caméra fixée sur lui peignant, bougeant peu, parfois en gros plan, pour montrer au spectateur l’épaisseur de quoi ? Quand la parole fuit, il est censé, comme par hasard, nous être présenté l’indicible (voir, peut-être le génie?). Et puis en fin de parcours, une série de photos qui paraphrasent Jeff Wall en mettant un appareil photo dans l’atelier comme pour nous le monter, ce lieu d’alchimie, en kaléidoscope des mystères. Bof.

Bien sûr j’ai aimé la peinture vermoulant les muscles déchus de ces corps toujours au même point, mais il n’est rapidement plus paru qu’envers de l’intelligence dissoute des « agitateurs d’idées ». Envers dans le Même :  derrière les cocktails signalétiques, l’amorphe carcasse.

Bien sûr, j’ai aimé que Leigh Bowery accepte de se mettre tout nu pour Lucien dans une démonstration physique qu’il n’aurait montré autrement, mais je pense que cet aspect de la peinture de Freud est anecdotique.

cliquez sur l’image ci-dessus pour accéder à la vidéo

Le reste est histoire de modèles, dont la saveur se goûte comme un additif dans du sirop depuis la dissipation des cours de nu aux Beaux-arts. Charme désuet, restent les tags aux fesses.

Sinon, j’aime quand il n’a plus l’air de parler de lui.

Lucian Freud au Centre Georges Pompidou

10 mars – 19 juillet 2010

 

  • Print
  • del.icio.us
  • Google Bookmarks
  • LinkedIn
  • Wikio
  • Netvibes
  • StumbleUpon
  • email
  • Facebook
  • Twitter
  • Wikio FR
  • viadeo FR
  • PDF

Écrire un commentaire