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Développement issu d’une discussion avec Dario Caterina, auteur de l’article « La fin du désir dans l’art contemporain? », publié sur DroitDeCites.org le 19 mai 2010.
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Vous écrivez : « Dans les années soixante- dix, dès les premiers évènements artistiques importants, apparait la structure discursive d’une nouvelle ère. Celle du prolongement conceptuel de l’œuvre de Duchamp. »
Cela dit, dans l’introduction de son livre, Duchamp confisqué, Marcel retrouvé (Hazan 2009), Philippe Sers reconstitue le procès de production du ready-made, d’abord comme provocation sous pseudonyme de Duchamp, ensuite comme parangon, à sa surprise, d’un néo-dadaïsme institutionnel de marché. Le vocabulaire de Sers est parfois exagérément feutré, reste qu’il décrit précisément et avec documents à l’appui, les étapes d’un révisionnisme.
Donc oui : « …il faut tempérer en précisant qu’il est réducteur de croire que la seule l’œuvre de Marcel Duchamp soit à la base de l’art contemporain. »
Car la signification du ready-made a été purement et simplement inversée. Le reste de l’œuvre de Duchamp, produite de loin en loin, plus en prolongement de son existence de « garçon de café » (l’expression est de lui) qu’en fonction de commande, est difficilement compatible avec l’art « par projets » actuel.
Ensuite : « Léonard de Vinci déjà optait pour une fonction cognitive de l’expression artistique. »
C’est vrai qu’il n’y a pas d’art, pas même de pratique du tout, sans pensée de cette pratique (ce qui ne signifie pas thématisation conceptuelle de cette pratique).
Cela dit, il faudrait interroger l’ « art conceptuel » en fonction du développement général de l’économie des symboles à partir des années 70. La dissipation de l’objet semble un magistral refoulement du faire, indexé à l’ouvrier et à l’agriculteur. L’art « conceptuel » comme pratique de « conception » est ainsi bien l’art de la tertiarisation de l’économie en général, voire du marketing en tant que rhétorique des signes à visée d’achat. De manière générale, le prolongement du tertiaire dans le champ de la religion esthétique.
« Goya, Cézanne, les symbolistes sont les préconceptuels qui annoncent la suite. »
Mais leur pérennité n’est pas réductible à l’art du tertiaire.
« Je pense que depuis une quinzaine d’années, le concept a cessé d’être le seul ferment en tant que fondement de l’art actuel. Celui-ci est remplacé actuellement par la sociologie discursive. Il est donc normal d’avoir des réticences à adouber des œuvres d’art, en tout cas annoncées comme telles, alors que les codes de la culture historique ont toute la peine à s’y accrocher… »
Et certes, avec l’excès de la virtualisation de la valeur économique, et, parallèlement, le renfermement de l’esthétique institutionnelle sur la culture des signes (jamais des œuvres, c’est-à-dire de l’esthétisme, jamais de l’esthétique) on arrive à une contradiction très, très forte entre la négation de la pratique selon l’art du tertiaire et la réalité du mode de production : il n’y a jamais eu autant d’ouvriers et de salariés qu’aujourd’hui, mais à force de se vivre dans la distance de la production, le tertiaire en général, le monde de l’art en particulier, constate le monde aller sans lui…
Et l’art conceptuel change de signification : de la pièce conçue et réalisée par autrui (les assistants ou employés de Warhol, R. Serra, S. Sierra…) à la pièce conçue et non réalisée faute d’en trouver le soutien…






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