Cube blanc et boîte noire

Visite au musée Jacquemart-André

Ce musée c’est d’abord un grand porche, époque Restauration, de ce qui se décrit dans les romans bourgeois de Balzac ou Zola. C’est pompeux, pompier, ça fait plutôt mal au nez. Puis on entre. On apprend qu’André était le mari, issu d’une famille fortunée, et Jacquemart c’était elle, issue d’un milieu modeste ; leur collection ils l’ont faite à deux. Ils n’ont pu avoir d’enfant, l’ampleur de leur collection a sans doute un rapport avec cela. Dans le musée disons qu’on parcourt les salles (un bon exercice chorégraphique consistant à faire comme si l’on y était chez soi). Il y a principalement des peintures des xvii ème et xviii ème siècles. De cela il ressort que.

Sans avoir posé la question, je n’ai pas eu l’impression que la scénographie fut de leur fait, déjà. Elle dut être constituée après, avec cette symétrie, et l’occupation des pièces autrefois dévolues à l’activité de fumer par exemple.

Les styles artistiques sont épars. Mais cependant certaines pièces sont constituées selon un principe d’homogénéité thématique. Je me souviens particulièrement de la salle « chrétienne », avec des tableaux divers, dont certains ne peuvent pas empêcher de faire penser à ce qui se fait, désormais, en bande dessinée.

Il ressort dès lors qu’une situation esthétique nouvelle produit une possibilité esthétique elle-même nouvelle. Toute les thématiques des bioman de l’idéologie verte ne se trouvent-t-elles pas dans les Géorgiques de Virgile?

L’idée même, ou la facilité à se déplacer dans le musée Jacquemart-André comme si c’était chez soi ne ressortit-il pas d’une relation récente à la dimension publique de l’espace du musée?

Mais évidemment, en posant la question de l’inouï d’un conditionnement esthétique, je pense en premier lieu à internet. Il est vraisemblable que la médiation internet a déjà autorisé une production symbolique peu vue et peu comprise.

Dans le musée Jacquemart-André, il y a donc ceci : une salle dévolue à la pictographie chrétienne. Et dans cette salle, que penser sinon, qu’est-ce qui a remplacé aujourd’hui la croyance structurante de la chrétienté? Et sur le moment, j’ai pensé aux marques. Je me suis dit, plutôt que toutes ces icônes, aujourd’hui, c’est plutôt une virgule nike ou un emblème mercedes, ou un sigle samsung qui font icône. Et la praxis selon le culte aurait ses mauvais croyants, et ses hérétiques.

Comment un emblème mercedes peut-il être iconique?

Proposons une compréhension : l’emblème est l’expression synthétique du mode de production : c’est une signature faite objet, le moi lui-même fait objet, par la médiation de la production (de voiture), de la constitution d’une firme.

Sans doute, dans le premier temps du capitalisme états-unien, celui des robbers barons, la marque peut être indexée à la personne de l’entrepreneur, ainsi de Carnegie, de Ford, ou de Disney. Mais la situation a changé lorsque la marque a été léguée, qu’elle n’est plus que la médiation d’un niveau de vie, d’un genre de vie qui sont dorénavant hérités. Alors que dans un premier temps, la construction de la marque est aussi la construction d’un nom, dans un moment ultérieur, la marque n’est que la médiation de la persévérance dans l’être, d’un autre désir.

Dans la société contemporaine, tout moment est médiation de cet autre désir. Y compris se trouver dans le musée Jacquemart-André, lorsque cet autre désir s’exprime comme tendance chorégraphique, proprement en ceci que le sujet se comporte autrement que selon le code muséal, silence et respect, et se laisse plus ou moins tranquillement aller, comme chez lui.

C’est comme si dans le monde de la consommation faisait défaut la structure de la reconnaissance.

Site du musée Jacquemart-André

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