C’est passer de la libre-entreprise libidinale à la libre-entreprise affective. Ce qui revient rigoureusement au même : il ne s’agit que d’un relooking, d’une innovation comme on dit de nos jours, bref, d’une illusion de nouveauté pour affirmer toujours la même chose. Robinson revient dans une théorie des « états » du sujet, triste ou joyeux, dans le lexique de Spinoza. Il se tient comme point de départ et d’arrivée d’une irrationalité irréductible. Bref, comme droit de faire n’importe quoi. J’entends les tonalités affectives de Heidegger en contrepoint.
De fait, dans les années 70, Spinoza était déjà à l’honneur, contre le rationalisme de Descartes et Hegel. Mais c’est tout de même un certain usage de Freud qui tenait alors le haut du pavé. Pour que Freud cède la place à Spinoza dans le fétichisme du marché intellectuel, il fallait que l’idéologie dominante vienne à nier aussi la détermination selon la cellule familiale, l’Œdipe — et non seulement la détermination selon les rapports sociaux de production, c’est-à-dire Marx.
La détermination freudienne est niée, mais pour prononcer la radicalisation absolue de la détermination « en général » : une détermination globale, irréductible à des rapports sociaux identifiables (les rapports de production, la famille), excédant toujours ces rapports. Le Sujet étant totalement déterminé, il est absolument nié.
Mais dans le même temps, cette détermination si vaste qu’elle ne peut être réduite à aucune cause ni ne peut être élucidée rationnellement, équivaut à une liberté totale. La négation du Sujet opérant à travers ce déterminisme ineffable, c’est le Sujet lui-même qui remplit ce vide : il est alors absolument partout!
Autrement dit, d’une part, le Sujet est nié par un déterminisme intégral, aboutissant, à la manière de Foucault, dans la négation de l’Homme et de l’Universel ; d’autre part, il est absolument partout, comme l’expriment Deleuze-Gattari dans l’Anti-Œdipe, en écrivant à propos d’une productivité spontanée du désir, d’un désir auto-producteur.
Ce Spinoza, petit Spinoza, est alors l’autre nom de Nietzsche, d’une « joie de ne rien savoir » sinon ce qui concourt à sa volonté de puissance, bref, l’irresponsabilité montée sur l’irrationalisme. Dans les cercles mondains, le petit Spinoza s’épanche contre le grand Spinoza, celui qui écrivait l’une des sentences les plus hégéliennes de l’histoire de la philosophie : « la liberté c’est l’intellection de la nécessité ».
Et Marx dans tout ça demanderez-vous? Et bien Marx n’est rien qu’une particule accolée à ces variantes du nietzschéisme, un hochet qu’on lève pour se réclamer de la Vertu, pendant que de l’autre main on pourfend Robespierre. Olé.

Spinoza
S’il en a l’occasion, le lecteur mettra ces lignes en rapport
avec les développements du livre Critique du libéralisme libertaire de Michel Clouscard











Bonjour, j’ai entendu parler de la prochaine publication d’articles de Monsieur Christian riochet : qu’en est-il ? j’attends avec impatience de pouvoir lire ses derniers travaux. J’espère pouvoir très vite découvrir la teneur de ce travail.
Bien à vous,
Pedrolito